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Sortie du DVD de Notre Monde

Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
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© Passant n°19 [avril 1998 - mai 1998]
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Lettre ouverte à celui qui m'a violée


A toi qui m'a violée un soir de printemps. Ce soir de mai 1992. Ce soir où la fête a viré en cauchemar. Cauchemar inavouable. Indicible dans son horreur. Et qui 8 ans après, continue de hanter mes nuits. De brouiller ma vue. D'assombrir mes pensées. De meurtrir ma chair. Ma chair douloureuse. Irrémédiablement creusée des sillons de ta violence.



Mais que sais-tu, toi, de tout cela ? Toi qui un soir au moins t'es montré monstre de cruauté. Sans honneur, sans pitié. N'auras-tu qu'une seule seconde de ta vie cherché à mesurer les répercussions de ton acte ? De ta prise de pouvoir abusive et sadique ?



Non... Tu en ignores tout.



Le regard plein de honte sur son ventre sali. Le rejet de l'amour qu'on ne croit plus mériter ; qu'on ne sait plus posséder. Le corps qui somatise. Et l'angoisse éternelle à marcher seule la nuit.



Tu les ignores.



La douleur qui brûle les mains quand on touche sa peau. Les cris perçant la nuit. L'obsession des images. Et l'insupportable reflet de soi dans un miroir.



Tu les ignores.



Et la culpabilité quand on se sait victime. Les comment, les pourquoi.



Tu les ignores.



Tu ignores ô combien ma haine a pu créer un désir affamé de vengeance cruelle.



Tu ne sais pas combien de fois je t'ai tué !



Pourtant tu cours encore. Bien vivant je suppose. Parce que la Justice n'a pas fait son travail. Parce qu'elle manque de moyens. Parce que ce n'était qu'une affaire parmi des tas d'affaires. Et pas la plus grave puisque je n'étais plus une enfant. Puisque je ne suis pas non plus morte ce soir là.



Alors toi, pourriture nauséabonde, tu n'as pas payé la dette que tu as !



Tu n'as pas réparé ton acte criminel.



Et moi seule aujourd'hui paye de ma déchirure ce que tu t'es permis.



Reconnais-toi odieux à la face du monde.



Montre-leur le visage de celui qui a fui.



Et traîne le fardeau de mes maux de venin !


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