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Sortie du DVD de Notre Monde

Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
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© Passant n°21 [août 1998 - septembre 1998]
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Michel a dit


Michel a dit : «faut pas gâcher la fête». Alors je me suis inoculé le virus du Bernard líermite. Un bon gros shoot díembruns télévisuels. E.P.O cathodique. Pendant toute la Coupe du monde, j'ai habité un autre moi-même, capitonné sofa, irrigué houblon, calorisé pizza. Métamorfoot : Le ventre qui pousse, les hémisphères qui se racrapotent. Rotondité amniotique. Un cessez le feu temporaire avec les enfoirés d'en face. Planète footre d'un hermaphrodisme collectif, à se faire péter les sanguines. Jules, met du Rimet à tes cils, ce soir on va au stade !



Michel l'a dit et redit : «c'est la fête, de la France, du Monde, du bonheur pour tous, pour l'humanité entière». Putain je me suis dit, c'est beau comme la déclaration des Droits de líHomme. Et c'est pas quelques hooligans tatchérisés ou quelques voyous nazifiés qu'allaient gâcher la fête à Michel. Show must go on the pelouse green. On va la gagner cette Coupe du Monde qu'on a achetée.



Ici ou là, pendant toutes ces semaines, il faut bien le reconnaître, le football a confiné au divin. Que l'Iran batte les Etats Unis, et les peuples se réconcilient par la diplomatie footballistique. Les tchadors ont volé à Téhéran comme un tifo géant aux couleurs de la liberté, les femmes libérées du joug de l'homme au Coran par l'homme aux trois bandes. Que la Croatie brille, que la Yougoslavie sombre, et le foot se commue en purification éthique, la sueur qui ruisselle en eau bénite. Alléluia FIFA. Que le Maroc soit éliminé par de vilains norvégiens qui jouent au ballon comme on mure un squat, et la France se redécouvre terre d'asile, pleurant la douleur du Magrehb sur l'épaule d'Hassan II. Que le Mexique aligne les buts comme les miliciens les indiens zapatistes dans une fosse commune, et le sous commandant Marcos s'évanouit dans les effluves d'une ola imbibée téquila. Que les Casques à pointe soient étrillés par des Croates bien peu reconnaissants, et les affronts de 14-18, 39-45, 82-86 sont lavés d'un coup d'éponge magique. Go home Mannschaft ! Que d'émotions ! Mais que d'émotions ! Merci encore Michel.



Les Camerounais, les Nigérians ou les Bafana-Bafana ont perdu, mais qu'importe comme disait le collabo de Coubertin puisqu'ils nous ont amusés de leurs facéties enfantines, de leurs marabouts de ficelle. Va, l'Afrique restera toujours l'Afrique, et c'est bien comme cela. Faut quand même que suprématie reste aux nations civilisées. Hein Michel !



Quant aux Japonais et aux Coréens, on leur a permis d'oublier le marasme économique, le football de marché au service de l'économie de marché. Cíest pas huilé ça. Puis ils l'auront eux aussi leur Coupe du Monde, la prochaine c'est promis, de beaux stades tout plein de petites menottes qui s'agitent. Sûr que je m'en remettrais un bon shoot de Bernard líermite en 2002. Et puis il y a eu les Reggae Boys de Jamaïque. Alors là, Michel, tu m'as troué. Troué. Vive la Jamaïque, onze rastas sur un air de ganja, cela vaut tous les discours de Cohn-Bendit sur la libéralisation des drogues douces. Shilom Michel.



Et puis, surtout, il y eut cette apothéose : la victoire est en nous ! La terre bleue comme un ballon. Lolo le matad'or qui crucifie le Paraguay, Thuram le cerbère qui nous propulse en finale, Zizou le divin chauve qui nous offre le sacre. Une équipe black-blanc-beur qui nous renvoie en miroir l'image d'une France pluriethnique qui gagne. Le Pen victime d'un arrêt cardiaque de Barthez, Chirac et Jospin unis sous le même maillot tricolore. Trop beau. Aymé président, Dugarry à Matignon, le tube de l'été entonné par un Enrico Macias au bord des larmes descendant les Champs Elysées avec nos héros qui ont libéré Paris (sauf de Tibéri) et la France d'un complexe d'infériorité chronique, d'un manque de cohésion nationale. Dorénavant, la Fête Nationale sera célébrée le 12 juillet.



Pour conclure, je finis sur les bords de Garonne. Car à Bordeaux, ce fut aussi une sacré belle fête. Thank you Platoche. Et on va pas être mesquin. Cahier des charges oblige, il a fallu modifier l'éclairage. On a modifié l'éclairage : 8MF la bagatelle. En plus, y a pas eu un seul match en nocturne ! Mais comme ça, on l'aura pour 2058. Et puis, on va pas chipoter pour les 8MF. Tiens, on tíen fait cadeau mon petit Michel. C'est notre modeste obole à ta farandole planétaire de casques bleus.

(à Edna, née Championne du Monde)

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