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Sortie du DVD de Notre Monde

Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
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© Passant n°29 [juin 2000 - juillet 2000]
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Allègre à l’assaut de l’Alsace et de la Moselle.




Le Père Duchêne, c’est un journal qu’on a lu en 1793 et à l’époque de la commune : il a jamais trop aimé les curés, et encore moins les catéchistes. C’est pourquoi quand Ravachol est monté sur l’échafaud, lui qui en avait été un, sacré lecteur, il a chanté cette petite mélodie : « Si tu veux être heureux, non de Dieu, pend ton propriétaire, coupe les curés en deux, non de Dieu, fout les églises par terre ; et l’bon Dieu dans la merde, non de Dieu ». C’est vrai qu’y a toujours des exceptions et qu’les catéchistes, le Père Duchêne est pas forcément contre, il en connaît même une qu’est bien sympathique. Mais faudrait pas confondre la règle et l’exception. Le Père Duchêne, il a toujours vomi l’église, et pareil pour l’Etat, et c’est pour ça qu’aujourd’hui, ça lui titille sacrément la glotte. Parce qu’avec l’Etat, c’est comme avec la calotte, y’a la règle et y’a l’exception. L’exception, c’est par exemple la loi Falloux qui expulse l’Eglise hors de l’Etat à grand coup de pied au cul et qui en profite pour arracher les écoles des bras des catéchistes. Seulement, à cette époque, l’Alsace et la Lorraine, elles étaient occupées par les boches, alors, elle a pas été appliquée, c’te putain de loi. Et puis après, après la guerre, elle a pas été appliquée non plus, bah tiens, comme par hasard. Comme quoi, pour les Alsaciens, ça a vraiment été un grand progrès de redevenir citoyen français : y z’ont continué à avoir bondieuseries obligatoires à l’école. Sauf qu’après, c’était plus comme avant, c’était bondieuseries obligatoires à l’école laïque et républicaine. Si c’est pas illégal, ça, j’veux bien m’faire moine. Comme quoi, dans l’Etat de droit comme dans l’cochon, tout est bon.

Qu’est-ce qu’il a fallu attendre comme temps pour qu’ça change... Pas 10 ni 30 ni 50 ans, 80 berges ! Et puis enfin, le grand stratège de l’école d’la république, l’grand défenseur du modèle français est arrivé comme un héros sur son char d’assaut. Que croyez vous qu’il a fait, Allègre, avant de partir minablement finir ses jours dans un labo dont il n’aurait pas dû sortir à part pour rentrer chez lui et aller se coucher après avoir mangé ses pâtes, comploté avec ses collègues, et emmerdé un ou deux d’ses thésards ? Croyez vous qu’il a décidé qu’enfin cette putain de loi serait appliquée, lui, le soldat qui s’en prenait vaillament à toutes les anomalies, les archaïsmes et les injustices ? Eh bien non. Il a préféré inventer un CAPES d’ « enseignement religieux » pour titulariser les catéchistes d’Alsace et de Moselle. Fallait quand même l’inventer : un CAPES d’enseignement religieux pour l’école laïque !

Qu’ça soit un gouvernement gauche plurielle qui fait ça, ça m’est rudement resté en travers de la gorge, un peu comme si y fallait que j’mange mon steack froid. Quand j’vois que tout le monde va avaler sans rien dire, alors que si un Bayrou ou un Monory s’y étaient risqués, à coup sûr on aurait avalé de travers et on leur aurait même tout recraché dans la poire sans avoir le temps d’hésiter ! Comme qui dirait : my steack is cold, c’est pas l’grand soir.

Et vous savez pourquoi y z’ont quand même fait ça, alors qu’y z’ont qu’le gel de l’emploi public dans la bouche ? J’vous l’donne en mille : c’est une « mesure de résorption de la précarité ». Et pourquoi pas qu’on titulariserait les prêtres, ils sont pas précaires pendant qu’on y est !

Ils vont être contents les chômeurs, les précaires, les sans-logis, les sans-papiers, qu’la gauche s’occupe de leurs compagnons de misère, les catéchistes…


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