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Sortie du DVD de Notre Monde

Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
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© Passant n°29 [juin 2000 - juillet 2000]
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Pour un salaire inaliénable




Candide, cette chronique brosse à petites touches les traits d’un imaginaire de lutte sans s’appesantir sur la dénonciation des malheurs du temps. Parce que nos non sont les sous-produits de notre oui, et que ce serait mourir de se battre contre sans porter dans nos tripes un pour. C’est le oui qui rend beau le lutteur. Je me bats pour un progrès en humanité qui est tout à fait à notre portée : le caractère inaliénable du salaire.

La perte d’emploi ne doit plus signifier perte de salaire, la mobilité professionnelle doit s’accompagner d’une sécurité totale du revenu. Toute personne résidant en France doit se voir attribué du salaire, versé par la sécurité sociale et financé par les cotisations sociales comme les pensions de retraite, à compter de son 18e anniversaire, par exemple : ce sera au débat politique de fixer l’âge requis et le montant (par exemple 80% du SMIC). Dès que ce jeune passe contrat avec un employeur, ce revenu salarial se transforme en salaire plus ou moins élevé selon la qualification mais jamais inférieur au SMIC. Et si ce nouveau salarié est licencié, ou démissionne, il conserve l’équivalent de son salaire net (par exemple, il pourrait continuer à acquérir des droits à retraite s’il est licencié, pas s’il démissionne). Lorsqu’il retrouve un emploi, on peut supposer que c’est pour un meilleur salaire et ainsi sa carrière salariale se construit sans les épisodes dramatiques que sont les pertes ou reculs de revenu.

Le droit à un salaire inaliénable, on le notera, n’a rien à voir avec ce qui lui ressemble apparemment, l'allocation universelle, forfait perçu de la naissance à la tombe par des « citoyens » d’un Etat abstrait et bienveillant. Il assume le fait que nous sommes dans une société capitaliste et que c’est dans l’affrontement entre travailleurs et capitalistes que se réalise une citoyenneté concrète. Les gains de productivité du travail contraint sont tels que le salaire doit reconnaître non seulement ce temps contraint mais aussi le temps libéré, et ce sont aux employeurs de payer ce temps libre puisque ce sont eux qui récupèrent dans leur chiffre d’affaires ces gains de productivité.

Ce droit de salaire (inaliénable comme le droit de propriété ou le droit de vote) est à notre portée si nous nous appuyons sur l’expérience de la pension de retraite, qui en est la forme anticipée en tant que continuation du salaire après 60 ans, pour faire converger les aspirations des chômeurs ou des étudiants à un salaire normal, même si l’autocensure sur ce point est encore forte. Il faut ajouter que nous n’avons guère d’autre choix que celui de mettre la barre aussi haut. Car nous n’avons encore rien vu de l’offensive qui se prépare au nom de l’Europe contre les fonctions publiques de tous les pays, précisément parce qu’elles incarnent le maintien du salaire même en absence de poste : si nous ne nous battons pas pour l’extension à tous les salariés du privé de la mobilité sans chômage, c’est-à-dire du maintien du salaire entre deux postes de travail, alors nos non contre le démantèlement des statuts des fonctionnaires seront de plus en plus dérisoires.


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