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Sortie du DVD de Notre Monde

Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
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© Passant n°29 [juin 2000 - juillet 2000]
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Le lisse nous menace




Si je me ratatine en un coin de moi-même, en ce corps qui m’est octroyé comme maison minimale pour habiter le monde, vais-je la trouver ma singularité ? En ce premier cas, on voit bien ce que cela donne : des gens qui rassemblent sur eux tout ce qui leur reste pour tenir dans la vie. Rassemblement étouffé de soi sur soi, mise en apnée de qui n’a plus d’autre souci possible que l’arrangement de ses lacets pour maintenir devant ses propres yeux l’exigence de sa dignité. Lisez Si c’est un homme de Primo Levi : il dit bien ce qui peut se concentrer dans des lacets de fils de fer quand on doit déambuler dans des camps de concentration où l’on ne tient plus qu’au fil de ce corps où l’on vous réduit.

Si je me disperse aux quatre coins du monde – envol, glisse ou plongée profonde –, si je me dilapide dans les éléments et les substances, dans l’univers des sensations et des branchements, vais-je le trouver mon monde ? En ce deuxième cas, on voit aussi ce que cela donne : des images sur papier glacé qui veulent épater l’œil, l’exploitation de l’aventure, la rêverie digérée par les fédérations sportives, les entreprises et les media. Que médiatisent-ils au juste ? La réunion miraculeuse de l’individu et de la société ? Castoriadis disait bien que l’individu c’est déjà du social. L’association merveilleuse de la personne et du monde ? Merleau-Ponty a bien montré qu’on ne franchit aucune frontière entre soi et l’humanité du monde habitable.

Ah! le corps… Le corps toujours recommencé ? Pas du tout. Le corps ratatiné ou le corps volatilisé. Le tribalisme néo-facho à l’aisance très basket recrute pour la défonce dans la boite « mundial » : version pleine pêche du nouveau « corps social ».

L’univers du lisse nous menace. Il pourrait lisser tout, si l’on y prend garde : la singularité de chacun et le dynamisme du monde, ce qui est corporellement la même chose.


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