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Sortie du DVD de Notre Monde

Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
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© Passant n°30 [août 2000 - septembre 2000]
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Le jeune salaire...

... plutôt que la vieille rente et le vieil impôt.
Est-ce indifférent de financer les pensions par l’impôt, par des dividendes ou par des cotisations sociales ? Dans les trois cas, la pension est tirée de la valeur créée par les travailleurs en activité car aucune généra-tion ne peut financer sa propre retraite : la pension se présente sous forme de monnaie et la monnaie est l’expression volatile de la valeur dans le moment où celle-ci est créée. Essayez de vous payer une pension en 2020 avec de la monnaie mise dans une lessiveuse au cours des vingt prochaines années ! Quand on épargne, on n’épargne pas de la monnaie : on convertit de la monnaie en titres financiers, par exemple, et c’est la vente ou le placement de ceux-ci qui financeront les pensions. Vente ou placement qui ne créeront aucune monnaie, mais qui supposeront, au contraire, que de la monnaie soit créée par le travail des salariés en activité au moment où les titres seront vendus ou donneront lieu à rémunération. De la même façon, en cas de régime en répartition, ce ne sont pas les cotisations passées des retraités qui financent leur retraite aujourd’hui, mais les cotisations versées aujourd’hui par les salariés en activité.

Toute la question est donc de savoir à quel titre les retraités ont un droit de tirage sur la monnaie correspondant au travail d’au-trui.

Un financement par l’impôt définit des « personnes âgées » ayant droit à la solidarité nationale : l’allocation pose ses bénéficiaires comme les membres d’une communauté qui est redevable vis-à-vis d’eux d’une dette sociale. Cela n’existe en Europe que dans un pays très petit et homogène comme le Danemark. Dans des sociétés plus vastes et multiples, le consentement à l’impôt est si faible que la pension fiscale représente un minimum assistantiel.

Un financement par l’épargne salariale définit des « rentiers » exerçant un droit de propriété lucrative : la rente n’existe que parce qu’elle concerne une minorité, qui peut ainsi ponctionner une part de la valeur très supérieure à ce que le salaire ou l’impôt lui affecterait. La rente universelle n’a aucun sens, car elle serait référée au gain moyen de productivité et ne serait donc pas plus intéressante que le salaire. Le ressort de la propriété lucrative est donc fondamentalement une violence quel que soit son habillage (gestion paritaire, placements éthiques) : la rente est volée aux travailleurs du portefeuille.

Un financement par cotisation sociale définit des « salariés » jouissant des droits du salaire, construits selon l’intensité et les formes du conflit salarial : le salaire inscrit les individus comme membres d’un travailleur collectif, chacun percevant une part déterminée par la délibération politique tant des conventions collectives que des règles de la sécurité sociale. Ce droit du salaire, beaucoup plus jeune que le droit de la solidarité nationale ou le droit de propriété lucrative, n’en est qu’à ses débuts. A déjà été conquise l’obligation faite aux employeurs de continuer à payer les salariés retraités sans contrepartie en travail contraint, obligation à élargir désormais, par hausse des cotisations patronales, aux chômeurs (maintien du salaire en cas de perte d’emploi), aux étudiants (octroi d’un salaire à compter de 18 ans) et à tous les actifs occupés (baisse massive de la durée hebdomadaire du travail contraint sans baisse de salaire) : c’est sous ces formes que les gains de productivité du travail doivent aujourd'hui conduire à l'augmentation des salaires.


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