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Sortie du DVD de Notre Monde

Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
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© Passant n°33 [février 2001 - mars 2001]
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Le passant a aimé


Christine Abdelkrim-Delanne, Guerre du Golfe, la sale guerre propre (le Cherche Midi Editeur, 98 F). Ce livre est l’histoire d’une bataille pacifique et féroce, celle des vétérans américains et anglais, des soldats français, d’une journaliste opiniâtre et courageuse pour dénoncer cette guerre du golfe, propre et modèle selon la terminologie militaire, mais qui continue à tuer Irakiens et soldats de la coalition alliée à cause de l’usage, notamment, d’uranium appauvri dans un certain nombre d’armes. Ce livre est aussi un réquisitoire contre le cynisme mutique de la grande muette et contre l’embargo odieux dont est victime le peuple irakien. E.B.



Daniel Arasse, On n'y voit rien. Descriptions (Denoël). Un bouquin merveilleux par un historien de l'art qui laisse de côté la pesanteur de l'érudition et les appels rituels à la contextualité pour nous inviter simplement à regarder un tableau, à réfléchir sur ce que le peintre nous donne à voir. Bien sûr, il ne s'agit pas d'un hymne à l'immédiateté de la saisie du sens - Arasse a lu beaucoup de livres, mais il sait les oublier et donner une forme dialoguée très vivante, parfois même trop, à ses réflexions. Un vrai bonheur de réapprendre à voir Les Ménines de Velasquez ou L'adoration des mages de Bosch et de comprendre pourquoi Marie-Madeleine avait une aussi longue chevelure.

P.R.



François Barcelo, Chiens sales (Série Noire). Au Québec, les complots politiques commencent comme ailleurs, le plus innocemment du monde. Surtout lorsque celle par qui le scandale arrive, Carmen Paradis, est la plus naïve des citoyennes de la Belle Province. Ce n’est pas la première fois qu’un romancier utilise une farce réjouissante pour masquer la gravité de son propos. Des Aventures de Simplicissimus aux romans picaresques, de l’Ane d’or à Fantasia chez les ploucs, l’exercice a toujours été brillant et celui de Barcelo ne dépare pas dans la liste.

B.D.



Michel Barrosco, Des fourmis plein la bouche (Seuil, traduit de l’espagnol par Albert Bensoussan). Le roman emprunte au Chandler de The long goodbye le thème de l’amitié trahie et du polar noir classique. Viril comme il se doit, puisqu’il s’agit d’un roman cubain et tropical ; politique car il a pour toile de fond la chute du régime de Batista, et le héros du roman sort des prisons franquistes. Bref, une réussite, passée au moment de sa parution, bien inaperçue.

B.D.



Laurent Cordonnier vient de publier Pas de pitié pour les gueux (Raisons d’agir, 2000), un petit livre d’une force extraordinaire. Il critique d’une plume acérée et avec une parfaite logique les théories économiques libérales du chômage qui se ramènent toutes au même refrain : le chômage est de la faute des chômeurs ou bien des salariés ayant un emploi parce que les uns et les autres n’acceptent pas de voir les salaires baisser. Malgré de multiples raffinements, la théorie officielle n’en finit pas d’alterner l’incohérent, le vulgaire, le cynique et l’abject. Laurent Cordonnier remet les pendules à l’heure.

J.-M.H.



Andrew Cowan, Temps de cochon (10/18, traduit de l’anglais par Roxane Azimi). Coincé entre les friches industrielles du Nord de l’Angleterre et une zone pavillonnaire à l’agonie sous l’ère Thatcher, un jeune garçon vit quelques semaines d’amour avec une ado pakistanaise tout en tentant d’élever la truie que lui ont léguée ses grands-parents. Roman d’initiation mélancolique, intense et délicat.

B.D.



Annie Le Brun, Du trop de réalité (Stock). Voici un livre dont la radicalité, la violence tranchent sur la mollesse du consensus ambiant. Annie Le Brun s'insurge contre les dévastations conjointes de la terre et de la pensée. L’arasement de la forêt comme celui des opinions lui paraissent relever de la même logique qui est celle de la « pensée » unique. Plus d'imaginaire, plus d'utopies, plus de révoltes - que reste-t-il à l'homme que d'être un consommateur lobotomisé de culture, de patrimoine, d'amour, de virtuel englués dans un réel qui a envahi tout l'espace. On comprend qu'il fasse dire non à cet univers sinistre - même si on ne partage pas toutes les idées d'Annie Le Brun.

P.R.



Michel Quint, Effroyables jardins (Ed. Joelle Losfeld, 64 p., 35 F). Tache difficile que de parler de ce magnifique texte si finement mené, sans dévoiler sa chute qui vous laisse sans voix. C’est une histoire de clown, d’auguste mal fagoté. Il est là, à Bordeaux, place de la République, devant le tribunal, lors du procès Papon. Et cet étrange personnage, à la silhouette si incongrue, nous propose à ses côtés de questionner sentiments et engagements au fur et à mesure que s’esquisse une bouleversante humanité. Il fait partie de ces livres rares, qui se passent de main amie en main amie, où les yeux ne s’apaisent qu’au point final, à cet instant, où les poitrines se mettent à battre et ce pour longtemps.

T.L.



Dan Simmons, L’échiquier du mal (deux tomes, dans la nouvelle collection folio S-F). La littérature pour insomniaques, pour reprendre l’expression de J-P. Manchette, ne désigne pas seulement le polar. La science-fiction, mâtinée de fantastique, d’horreur, et de thriller haletant (cet adjectif n’est pas une figure de style ici) peut vous maintenir éveillé durant des heures, tournant les pages comme un forcené pour savoir la suite... Conception de la lecture qu’on pourra trouver simpliste, infantile... Plaisir premier, surtout, comme on dit de certaines formes d’art qu’on n’ose pas qualifier de primitives. C’est le cas avec L’échiquier du mal, monument de Dan Simmons (près de 1200 pages, en deux tomes), sur fond de mémoire vive de la Shoah, de l’expérience terrifiante vécue par un déporté au camp d’extermination de Sobibor. D’anciens nazis, des agents du FBI et de la CIA possèdent le redoutable pouvoir de vampiriser les esprits, pour le pire, et encore le pire. Et la contre-attaque du bien ne se fera pas sans casse. Un récit mené à toute vitesse, violent, bouleversant, fascinant. Dépêchez-vous de lire ça.

H.L.C.


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