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Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
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© Passant n°35 [juin 2001 - août 2001]
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SUD : une tentative de rénover le syndicalisme


SUD-PTT est né à la fin de l’année 1988. Aucun des militants qui participent alors à sa création n’aurait envisagé quelques mois plus tôt de se lancer dans une telle aventure. Pourtant les divergences avec la direction de la CFDT s’amplifiaient jour après jour, portant tant sur les pratiques syndicales que sur la conception même du syndicalisme. Une grève aujourd’hui bien oubliée, celle des conducteurs des camions jaunes de La Poste, sert de détonateur à la crise. La direction de la fédération CFDT-PTT condamne une grève soutenue par son union régionale. Devant le refus de cette dernière d’accepter cet oukase, la direction de la CFDT sanctionne les responsables des syndicats d’Ile-de-france en les démettant de leurs mandats. Ces derniers décident de ne pas renoncer à leur combat syndical et créent SUD (solidaires, unitaires, démocratiques). Les PTT ne sont pas le seul secteur touché. La CFDT sanctionne aussi les responsables de la coordination régionale d’Ile-de-france des centres de santé qui a soutenu la grève menée par la coordination des infirmières. Les militants là aussi refusent de s’incliner et créent un nouveau syndicat qui prendra quelques années plus tard la dénomination de SUD-Santé. Des élections professionnelles ont lieu trois mois plus tard aux PTT. A l’époque, dans la fonction publique, tous les syndicats pouvaient se présenter. SUD obtient au niveau national près de 5% des suffrages. Mais, point important, SUD obtient des résultats très significatifs dans les endroits où le syndicat est réellement présent. Ces élections donnent donc d’emblée une légitimité au jeune syndicat qui n’a cessé de progresser depuis. Aux dernières élections professionnelles en octobre 2000, SUD-PTT a recueilli 28% des suffrages à France Télécom faisant jeu égal avec la CGT et 21% à La Poste devenant ainsi 2e organisation syndicale. Entre temps, suite à décembre 95, de nombreux SUD se sont créés tant dans le secteur privé que dans le secteur public. Dans la plupart des cas, ces syndicats ont une audience importante. Ce succès s’explique par plusieurs facteurs.

C’est d’abord de nouvelles pratiques syndicales. SUD n’en a pas le monopole et certains syndicats liés à des confédérations traditionnelles essaient aussi de les mettre aussi en pratique. Elles consistent à mettre en œuvre un syndicalisme de terrain, au service des salariés et permettant à ceux-ci de décider de leurs revendications et des actions à entreprendre. Il s’agit fondamentalement d’injecter de la démocratie à tous les niveaux en essayant que les salariés deviennent des acteurs et pour cela créer un lien nouveau avec l’organisation syndicale. Dans ce cadre, le rôle de cette dernière est de faire des propositions, mais c’est aux salariés de décider, notamment dans le cas d’accords sociaux qui les concernent directement.

Mais, décider suppose pouvoir le faire en toute connaissance de cause. Pour cela, il faut enlever le monopole de l’expertise aux directions d’entreprise et aux technocrates gouvernementaux afin de permettre aux salariés de maîtriser autant que faire ce peut les enjeux. C’est pour cela que SUD donne une importance primordiale à l’information. C’est ainsi que les textes des projets d’accords et de lois concernant les salariés, comme ceux sur les 35 heures, sont publiés dans leur intégralité, accompagnés de commentaires de SUD et diffusés très massivement dans les entreprises.

Cette volonté d’avoir un rapport démocratique aux salariés a des conséquences sur le fonctionnement de l’organisation syndicale. Celle-ci ne constitue pas une oasis isolée du reste de la société. Les inégalités sociales s’y reproduisent, les rapports de pouvoir y sont présents. Combattre ces tendances lourdes suppose que soient mises en œuvre des dispositions qui visent explicitement à les combattre. Dans ce cadre, deux questions méritent une attention particulière : la place des femmes et le renouvellement dans les structures d’animation politique de l’organisation syndicale. SUD-PTT a pris des mesures spécifiques sur ces points. Des places sont réservées aux femmes au Bureau fédéral et les mandats des permanents sont limités dans le temps. Ces mesures ne résolvent évidemment pas tous les problèmes. Elles permettent simplement qu’ils puissent être posés.

Mais ces nouvelles pratiques syndicales ne seraient rien si elles n’étaient pas au service d’une orientation syndicale adaptée aux réalités actuelles. Après la seconde guerre mondiale, pendant la période des « 30 glorieuses », les salariés dans les pays capitalistes développés ont été en capacité de construire des rapports de force qui ont contraint le patronat à se situer dans une perspective de compromis social : développement de la protection sociale, augmentation du pouvoir d’achat, droits nouveaux... Pour reprendre la formule de l’ancien secrétaire général de FO André Bergeron « il y avait toujours du grain à moudre ». Dans ce cadre, c’était la hauteur du compromis et sa fonction qui étaient les enjeux essentiels des débats dans le mouvement syndical. Les années 80 voient un changement radical de la situation correspondant à une inversion des rapports de force entre le patronat et les salariés. Pour le patronat, il n’y a désormais plus de grain à moudre. La logique de compromis social issue de la période antérieure disparaît. Le patronat ne laisse qu’une fonction au syndicalisme, celle d’accompagner socialement ses projets et au mieux de les amender à la marge. Cette orientation social-libérale est clairement revendiquée par la CFDT qui la développe de la façon la plus cohérente. Elle vise à faire de l’organisation syndicale le partenaire du patronat, voire de construire des projets en commun avec lui.

Face à cette orientation, il faut un syndicalisme qui arrive à construire des contre-pouvoirs dans les entreprises et dans la société et qui se batte pour des solutions alternatives. SUD met donc au centre de son activité la construction de rapports de force qui soient favorables aux salariés. Dans cette conception, la défense quotidienne des salariés est liée à une perspective de transformation de la société. Vieux projet, puisqu’il est déjà présent dans la Charte d’Amiens adoptée en 1906 par la CGT, qu’il s’agit de reprendre dans les conditions du capitalisme mondialisé. C’est cette conception qui amène SUD à pratiquer un syndicalisme qui ne se limite pas au professionnel. Ainsi s’explique la volonté de vouloir construire un outil syndical interprofessionnel avec l’Union syndicale Solidaires pour mettre en pratique un syndicalisme ouvert sur la société avec la volonté de travailler avec des forces issues du mouvement social. SUD-PTT a participé à la création d’AC !, est membre fondateur d’ATTAC et participe aux mouvements actuels qui contestent la mondialisation libérale.

Secrétaire fédéral de SUD-PTT.

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