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Sortie du DVD de Notre Monde

Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
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© Passant n°36 [septembre 2001 - octobre 2001]
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Que faire ?


Que faire ?

Tu me demandes que faire ?

Mais il n’y a rien à faire, mon chéri.

A part regarder - nez écrasé contre vitre blindée -

Le monde courir à sa folie.

Tu voudrais - je sais - intervenir.

Leur dire - mais crois-tu vraiment

Qu’ils ne le savent pas déjà ? -

Ce qu’il conviendrait de mettre en place.

Il faut

Pour que tout aille mieux

Donner plus de bonheur à ceux qui en ont moins.

Bien sûr. Quitte à en prendre aux trop heureux.

(Mais es-tu sûr d’être assez objectif

Pour décider des mérites et de la répartition ?)

Il faut abolir l’argent, aussi, puisqu’il ne fait pas

- D’après la légende - le bonheur.

Le remplacer par le troc, c’est plus sain.

Et - tant qu’on y est - empêcher celui que sa nature

Pousse à engranger

À faire des économies.

Ça ne te rappelle rien ?

Posséder des SICAV ou des petits pois, où est la différence, la vraie ?

On peut aussi décider que son bonheur

Passe par l’accumulation, la fructification et le non partage

De tous les petits pois du monde.

Le problème se densifie.

Il faut également, puisqu’on y est, que les gens comprennent,

Se rendent compte, changent, aillent chercher leur bonheur ailleurs

Que dans les petits pois.

Qu’ils revoient à la lueur de leur planche dans l’œil

Le monde qu’ils contribuent à pourrir.

Les gens.

Les autres.

Parce que toi, il va de soi, tu as tout compris.

Tu es le premier à voir la vie sous cet angle ?

Non, mon chéri, désolée, mais d’autres ont vu avant toi.

D’autres ont dit à leurs autres à eux

Ce qu’il convenait de faire.

Tout le monde ne s’est pas lavé les oreilles ce soir.

Mais quoi ? Tu es triste ?

Tu voudrais - je sais - que tout le monde soit heureux.

Aussi heureux que tu le serais s’ils l’étaient. Tu voudrais leur faire partager

Ton bonheur à toi. (C’est vraiment un sentiment noble, ça,

Ton bonheur passe donc par le collectif ? Les autres doivent être heureux

Pour que tu puisses l’être à ton tour ?)

Tu voudrais sauver le monde, c’est ça ? Avec ou malgré lui ?

Certains veulent en être le maître, et j’avoue que j’ai du mal

À voir la différence.

On revient toujours à une personne, un groupe, une minorité,

Qui pense à la place du peuple.

Et si on apprenait plutôt au peuple de penser ?

À remettre en cause ceux qui prétendent

Savoir à sa place ?

Mais cela voudrait dire - eh oui, tu vois -

Que tout le monde se nettoie les pavillons.

Es-tu prêt à écouter, à entendre, ceux qui te donnent tort ?

Cela voudrait dire aussi - et ce n’est pas rien -

Prendre le temps. Accepter de ne pas récolter

La gloire de ce qu’on sème.

On revient toujours aux petits pois.

Allez, ne désespère pas. Arrache ton regard - rien qu’un instant -

Aux sommets enneigés de l’altruisme lointain.

Je suis là, tout près de toi.

Ne prends pas cet air affligé - tu m’avais oubliée ? -

Tout cela n’est pas bien grave.

Je ne suis que ta conscience, sœur jumelle de ton âme.

Mais à présent que tu me vois, si, au lieu de sauver le monde,

Tu me sauvais, moi ?


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