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Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.
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© Passant n°50 [octobre 2004 - décembre 2004]
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Un trimestre en passant

Éphéméride
23 mai



Michael Moore reçoit la palme d’or pour son pamphlet anti Bush, Fahrenheit 9/11.

« Une palme contextuelle, palme bulletin de vote », selon les journalistes de Libération qui visiblement n’aiment pas

les films de Michael Moore,

« ce sergent Garcia altermondialo, bateleur anticapitaliste,

auteur de films plutôt moches, parfois démagogiques et souvent expéditifs dans leur charge ». Pour le public

français, « aux oreilles duquel

la cause est entendue, c’est

un plaisir narcissique de

réassurance », Libé toujours.

Le vieux Godard en rajoute

une louche, toujours cité par

l’ex-quotidien de gauche : « Bush est moins bête que Moore ne

le croit et lui est à moitié

intelligent. Il ne fait pas de différence entre une image et un texte ». Ken Loach, plus pragmatique : « Même si Tarantino dit le contraire, c’est un prix politique qui peut être très utile ». Le film a été programmé à Langon dans le cadre des Nuits Atypiques1.

Le public était souvent jeune, tant mieux. J’ai trouvé ce film plus rigoureux que ses opus précédents. Et sa démonstration pas si expéditive. Certes, on savait tout – ou partie – quand on avait de bonnes lectures mais cette séquence où l’on

voit le gotha économique et politique qui déjà se partage

les bénéfices de la guerre en Irak peut convaincre les plus sceptiques.





27 mai



Petite vanité, recevoir au courrier chez soi le nouveau livre d’un auteur qu’on aime. Montagne Noire de Lionel Bourg, aux éditions Le Temps qu’il fait. Retour sur les lieux et les personnages de son enfance, toujours cette écriture somptueuse, ces phrases très longues, enchâssées, comme un passage de blaireau ou de renard dans les fourrés, comme une route en lacets, il faut se cramponner à la corde, ramper sous les ronciers, ne jamais rien céder. Ça chauffe dans les virages mais quel plaisir au sommet !

Merci Lionel.





28 mai



Outreau, bavure judiciaire et médiatique, sept des accusés sont disculpés par l’une des protagonistes de cette affaire sordide, sept personnes qui ont passé des mois et des années en prison. Des vies brisées, un doute énorme jeté sur la machine judiciaire, les enfants victimes changés en bourreaux. L’horreur !

Et ce sentiment de bonheur, malgré tout, préservé, dans

l’intime. Comment ne pas avoir, un sentiment de culpabilité quand par ailleurs tout pète autour de nous ?

Et se dire aussi qu’à trop de bonheur succède, comme un rappel du réel, le malheur. Intuition vérifiée quelques heures plus tard, la voix étranglée de ma sœur au

téléphone, je devine d’emblée la détresse. En cause, la santé du père, hospitalisé d’urgence la veille. Le crabe s’est servi sur la bête, once again. D’urgence aussi le soir à son chevet : essuyer ses larmes, caresser son visage, ses cheveux, le réconforter, devenir père à la place du père, ce colosse qui s’aperçoit avec terreur que ses pieds étaient d’argile, frappé, abattu, couché par la tempête, dépendant pour la première fois et la mort des fils qui pointe sa sale trogne derrière celle du père. Sur qui et sur quoi pleure-t-on ? Il est mort un petit matin de début août après des jours de souffrance, morphine insuffisante, après des nuits entières à tenter de l’aider à passer.





1er juin



Gadget chiraquien, un de plus ! La majorité parlementaire adopte le projet de loi constitutionnelle sur la Charte de l’Environnement incluant en particulier la notion de

principe de précaution.

En gros, dorénavant, on se posera la question de l’avenir de la planète avant toute nouvelle invention. Envisager un futur au présent, pourquoi pas ! Sauf qu’on se souvient

de la fracture sociale, par exemple et qu’on ne fait aucun crédit à Jackie le truqueur. D’ailleurs, Tokia Saïfi, secrétaire d’état au développement durable, élue députée européenne, démissionne de son poste ministériel sans être remplacée.

Vous avez dit bouffon ?!







2 juin



La justice française fait de

la résistance contre le tout nouveau mandat d’arrêt

européen entré en vigueur le premier janvier 2004 et que huit pays de l’Union n’ont toujours pas introduit dans

leur législation. Les magistrats de la cour d’appel de Pau ont refusé l’extradition réclamée par l’Espagne de trois militants basques français de Segi, mouvement radical soupçonné d’être un vivier de militant d’E.T.A.





6 juin



Gay day à Bègles, Mamère

verse une larme en célébrant

le premier mariage homo. Hystérie des médias, les

résistances de l’État français

qui a mis en route l’appareil judiciaire pour tenter de faire barrage, cette « affaire » a tenu longuement le devant de la scène et très largement occulté les Européennes. Pour la presse paresseuse, c’était sans doute plus facile à traiter que le débat sur la constitution européenne. Noël Mamère a reçu des tombereaux d’injures et de menaces, preuve que rien n’est réglé. Cette curiosité relevée par votre serviteur sur un chantier d’autoroute en Dordogne : « Mamère pédé, Mamère enculé, Mamère facho ».

Fin août, dans une parenthèse d’un long et bel entretien donné au Monde (19 août), Jacques Derrida propose

« la disparition du mot et du concept de mariage dans un code civil et laïque...

Cette équivoque et cette

hypocrisie religieuse, sacrale

et hétérosexuelle... On le remplacerait par une union civile contractuelle, une sorte de PACS généralisé, amélioré, raffiné, souple et ajusté entre des partenaires de sexe ou de nombre non-imposé. »





6 juin



D-day en Normandie. La France, l’Europe commémorent le débarquement – combien de morts ? – qui marque le début de la fin du nazisme. Rien à dire. Il fallait y être sauf que dans le concert des louanges tressées à nos sauveurs, quelques voix se sont permis de rappeler que la libération de la France était sans doute le dernier des soucis des stratèges ricains uniquement soucieux

de leurs propres intérêts. « Nous ne sommes pas venus en Europe pour sauver les Français. Nous sommes venus parce que nous, les Américains, nous étions menacés par une puissance hostile, agressive et très dangereuse… », extrait de la propagande en direction des soldats US avant le débarquement, rappelé par Philippe de Gaulle dans son livre De Gaulle, mon père cité par Bernard Langlois dans Politis du 10 juin.





13 juin



Elections européennes et

cantonales, le gouvernement prend une raclée, le Raffamou, aux abonnés absents fera une seule déclaration publique

ce soir là, pour féliciter l’équipe de France qui vient de passer laborieusement un tour de l’Euro.





21 juin



Il s’appelait Paul Marshal Johnson. Ce jour du solstice,

il a perdu la tête. Décapité par le groupe proche d’Al-Qaeda qui le tenait en otage en Arabie Saoudite. Quelques heures plus tard, le commando tombait sous les balles des services de sécurité saoudienne, parmi les victimes, Abdel Aziz al-Mouqrin, numéro un d’Al-Qaeda en Arabie Saoudite. Curieuse et bien soudaine efficacité des sbires du prince Abdallah.

Les Islamistes, tolérés jusque-là, sont immédiatement punis pour avoir dépassé des bornes tacites. « Nous ne permettrons pas à un groupe corrompu dirigé par une pensée déviante de porter atteinte à la sécurité et à la stabilité de ce pays », a déclaré le Prince Abdallah. Sécurité ? Stabilité ? Celles qui permettent de poursuivre le commerce du pétrole en toute sérénité sans doute !





8 juillet



La presse au canon d’assaut, Serge, marchand de canon notoire prend la présidence de la Socpresse. Il devient de fait patron du Figaro, de L’Express et de 70 régionaux. Bouygues et TF1 devaient rentrer dans le capital à hauteur de 10%. Dassault souhaitait utiliser à son profit le savoir-faire de la Une en matière de gestion et de marketing, selon Le Monde. L’affaire a capoté. Pas pour longtemps, on l’imagine. Pensez, quelle synergie ! TF1 détient 50% du marché publicitaire, la Socpresse 20% de la pub dans la presse. Abandonnons dorénavant toute référence à la liberté de la presse, notamment face à l’État premier client de l’avionneur de guerre ; le 29 juillet par exemple, il passait commande de 59 Rafales à Dassault, quelque chose comme trois milliards d’euros. Seul vrai concurrent de Dassault, l’autre marchand de canon, Lagardère, fortement présent dans les médias mais aussi dans l’édition. Bonjour, la démocratie ! Et tant qu’on y est, sachez que le Cac 40 se porte plutôt bien : les bénéfices du premier semestre des principaux groupes français sont en forte progression, + 141 pour Arcelor, + 40,3 et 31,6 respectivement pour les banquiers BNP Paribas et Société générale, etc.







9 juillet



Elle s’appelle Marie. Marie L. pour certains journaux, Marie Leblanc pour d’autres. Leblanc, comme dans un mauvais polar, qui se prétend victime d’une agression raciste perpétrée par « des Maghrébins et des Noirs ». Mise en scène sommaire d’un geste antisémite dont on ne trouve aucun témoin, et que les policiers auront d’ailleurs du mal à gober. Ce qui n’empêche pas le ministère de l’Intérieur, le beau poète, de tirer le premier : il condamne avec « la plus grande fermeté » cette agression « ignoble » révélée une heure auparavant par l’AFP, information confirmée à l’agence par la direction de la police judiciaire. La machine politico-médiatique s’emballe. « Le train de la haine » titre le Figaro, « Une histoire très française » pour Libé. De Raffarin à Buffet, la classe politique surfe sur ce qui, très vite s’avère l’invention d’une mythomane. Une classe politique prise au piège de son abus de compassion démagogique, chaque fait divers, chaque catastrophe voit dorénavant défiler au plus vite, un, deux, voire trois ministres. Des médias avides, pressés qui depuis longtemps ne vérifient rien et se laissent manipuler par les politiques. Quand au secret de l’enquête préliminaire et de l’instruction, il est violé par le ministre de l’Intérieur lui-même.





2 août



Jean-Charles Marchiani touché, la maison Pasqua vacille. Placé en détention dans le carré VIP de la Santé, l’ancien préfet, bras droit de l’ex-ministre de l’Intérieur, chargé des missions confidentielles des pouvoirs successifs est accusé d’avoir touché des commissions occultes : ventes d’armes, Elf, libérations d’otages au Liban et en Bosnie. L’accusation est ancienne mais aujourd’hui Marchiani et Pasqua, qui se sont ramassés aux Européennes ne sont plus protégés par la précieuse immunité parlementaire. Pasqua, le pourvoyeur de casinos à ses bons amis corses, entres autres, visé par cinq enquêtes, s’est plaint dans une lettre au président de la République des misères que lui fait la justice. Explication bien misérable fournie par le Voltaire de Corrèze, Denis Tillinac : « Chirac n’a pas pardonné que Pasqua l’ait lâché pour Balladur en 1995. Et pour lui, quand c’est fini, c’est fini... » Chirac devrait malgré tout se méfier, car le jour plus très lointain où lui-même ne sera plus couvert par aucune immunité, le Corse gouailleur qui doit en savoir de belles pour avoir échappé aussi longtemps aux foudres de la justice pourrait se lâcher. Au jeu de je te tiens tu me tiens par la barbichette, il est le prince, versus Machiavel.





4 août



Autour de Salman Rushdie et de Paul Auster, des écrivains américains se placent en « état d’urgence » face aux lois liberticides contenues dans le Patriot Act, la législation antiterroriste adoptée après le 11 septembre. L’opposition à Bush et au bushisme s’organise.





15 août



Le oui à Chavez. Plus de 58% des Vénézuéliens ont répondu non à la question posée par référendum sous la pression de l’opposition : « Souhaitez vous mettre un terme au mandat présidentiel d’Hugo Chavez ? » Chavez s’était habilement présenté comme la meilleure garantie de la stabilité du marché pétrolier, le Venezuela est le premier fournisseur des States. De fait le cours du brut a commencé à baisser dés le lendemain de sa victoire.



















20 août



Ceps en folie !

Il pleut, il mouille, c’est la fête à la grenouille, il pleut, il fait beau temps, c’est la fête aux champignons, les journaux débordent de paniers pleins. Ce matin, la nature me fait une fleur, ils s’invitent dans mon jardin sous le chêne. Une demi-douzaine de têtes rouges, (à l’analyse, ce sont de faux ceps, comestibles et ma foi, bons !) qui finiront en omelette le soir même, mal cuits par mes soins, mais qu’importe. Dans la cuisine leur parfum rivalise avec celui de la confiture de mûres. Chaque matin, les fleurs des ipomées se tendent vers le soleil, bleu fragile liseré de blanc, éphémères. Le soir, jaune lumineux, c’est au tour des onagres. Minuscules,

orangées, les fleurs du mourron des oiseaux, voisinent avec, bleue pâle, la petite véronique, tout aussi discrète. On ne sait plus où poser les pieds.

C’est l’heure du balayage des toits, de la taille de la vigne vierge, des raisins de table convoités par les guêpes et les frelons.







21 août



Cesare s’est fait la malle. Cesare Battisti ne s’est pas présenté au pointage auquel l’accule le contrôle judiciaire. L’activiste italien ne se faisait plus d’illusions. Chirac, début juillet avait clairement laissé entendre qu’il ne s’opposerait pas à l’extradition de Battisti si son pourvoi en cassation était rejeté. « Je me réjouis qu’il ait préféré le vert de la vie à la soumission au gris de la punition légale » affirmait l’ex-dirigeant d’extrême gauche Oreste Calzone dans un entretien au Monde. On pensait Cesare « au vert de la vie » quelque part outre-Atlantique, au Venezuela, sans doute chez Chavez. Déjà, dans les années 80, il avait trouvé refuge au Mexique. Fausse piste ! Dans une lettre à ses avocats, il révèle qu’il ne quittera pas la France : « Je ne saurai pas le faire, c’est mon pays et je n’en vois pas d’autre dans mon futur ». La cavale continue, merci la France !





21 août



Luis épouse pour la deuxième fois Carmen. Lui, c’est Luis Sepulveda, le grand écrivain chilien, passant occasionnel. Elle c’est Carmen Yanez, poète chilienne. Mariés une première fois en 71, très engagés auprès d’Allende, ils ont connu les prisons et la torture sous Pinochet puis l’exil. Chacun de son coté a refait sa vie et réécris son histoire à travers les mots. Puis les circonstances les ont réunis, ils vivent dorénavant ensemble à Gijon au Nord de l’Espagne dans une grande maison au-dessus de la mer. Nous avions rencontré Luis

là-bas pour un entretien après le désastre du Prestige. Le géant à la barbe brune nous avait reçus avec gentillesse, il était pourtant très préoccupé. Carmen se trouvait en Suède bloquée dans une tempête de neige et il n’arrivait plus à la joindre sur son portable.

Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, c’est la justice chilienne qui leur a fait avec quelques jours de retard un grand cadeau.

Le 26 août, la cour suprême du Chili a levé l’immunité du vieux caudillo. Pas fou, le vieux dégueulasse, ont tranché à

une très courte majorité d’une voix les magistrats de la cour suprême. Il sera enfin jugé pour l’ensemble de ses crimes perpétués contre son peuple, en particulier pour l’opération Condor, ce vaste réseau de répression contre tous les opposants latino-américains, co-pilotée depuis les États-Unis par rien moins qu’un futur Nobel de la paix Henri Kissinger, qui pourrait, lui aussi, être entendu par les juges chiliens. Décidément, Pinochet, Kissinger, Pasqua, l’été n’est pas si pourri !





22 août



Le Cri, c’est moi. Enfin, je veux dire que le vol du Cri, j’en suis le commanditaire, pas l’exécutant. Eux, ce sont des amateurs, ils ont réussi à m’ abîmer le tableau. C’est de ma faute, j’ai pas voulu mettre assez. Du coup, ils se sont servis. La Madone, c’est leur idée, sauf que ce tableau ne vaut rien à coté du Cri, à peine 18 KF. Invendable, en plus ! Des nuls. Car moi, c’est pas le fric qui m’intéresse. Le Cri, c’est pour moi, pour moi tout seul, dans ma cave insonorisée, avec à peine une petite loupiotte, le soir en rentrant du boulot, le matin si je ne suis pas trop à la bourre, j’irai crier avec Munch sur la folie du monde pour ne pas devenir fou moi-même.

1 – Les Nuits Atypiques ont par ailleurs
coproduit l’excellent film de Vincent Glenn sur l’OMC/AGCS, Pas assez de volume.

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