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Sortie du DVD de Notre Monde

Notre Monde Notre Monde (2013, 119') un film de Thomas Lacoste
Rassemblant plus de 35 intervenants, philosophes, sociologues, économistes, magistrats, médecins, universitaires et écrivains, Notre Monde propose un espace d’expression pour travailler, comme nous y enjoint Jean–Luc Nancy à « une pensée commune ». Plus encore qu’un libre espace de parole, Notre Monde s’appuie sur un ensemble foisonnant de propositions concrètes pour agir comme un rappel essentiel, individuel et collectif : « faites de la politique » et de préférence autrement.

Edito du Passant n°33 - Lignes de fronts

[février 2001 - mars 2001]

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Ordinaire carcéral

Indigné. C’est dans cet esprit que se trouve l’ensemble de la rédaction du Passant.

Dans le dernier numéro de la revue nous évoquions1 le transfert pour le moins arbitraire d’André Ségura. Ex-détenu à la maison d’arrêt de Gradignan, en attente de son procès à Bordeaux, il venait d’être transféré à quelque 600 km de là, pour avoir notamment une épouse jugée "trop" militante par l’administration pénitentiaire !

Et aujourd’hui, nous apprenons qu’Eric Bonneau président du Passant, journaliste et, hier encore, enseignant à la maison d’arrêt de Gradignan, vient d’être remercié par l’administration pénitentiaire. Et ceci en toute légalité.

La raison ? Une lettre et quelques coups de téléphone pour exprimer son soutien moral à André Ségura ! La loi2 prévoyant que "les personnes remplissant une mission en milieu carcéral ne peuvent entretenir avec les détenus ainsi qu’avec leurs parents ou amis des relations qui ne seraient pas justifiées par les nécessités de leurs fonctions". Mais quelle loi ? Celle qui non contente de briser des vies déjà fort malmenées, fait preuve de perversion allant jusqu’à exclure, sans préavis, le quidam ayant pour souci de maintenir ce lien humain si ténu !

Face à de telles pratiques, nous ne pouvons nous taire. Si hier, le Passant s’est intéressé de près à ceux qui vivent et à ce qui se passe derrière ces barreaux si tranchants, demain il sera encore plus vigilant vis-à-vis de ces pratiques dignes des temps les plus obscurs.

A cette heure, nous bouclons ce numéro. Nous n’avons donc ni le recul, ni le temps nécessaire pour donner à cet événement l’ampleur qu’il mérite. Mais face à l’administration de cet univers carcéral le Passant saura rendre efficace l’espace de liberté qu’il s’est construit.

Dont acte !

Pour la rédaction

Thomas Lacoste

Directeur de la publication

Lignes de fronts : la métaphore est guerrière ? Normal, c’est la guerre. Celle que l’on nous fait, tous les jours, partout dans le monde, parfois brute comme du ciment armé, parfois déguisée en séduisante marchandise. Le Passant est-il paranoïaque, voit-il le mal partout ? Ça se peut, mon pote… Il se peut tout simplement aussi qu’à vouloir garder les yeux ouverts, histoire de pas tomber dans les trous, on voit des choses qu’on est censés ne pas voir : comment Ariel Sharon fout le feu au Proche-Orient, comment le fils Poutine réintroduit la féodalité des tsars dans le nouveau code du travail, pourquoi on peut considérer les mœurs libérales comme de la macrophagie, comment les OGM empêchent la libre reproduction du vivant, comment l’OTAN sème la mort des années plus tard… On voit plein de choses et la rage monte au front. Les guerres que l’on nous fait ne disent pas leurs noms, lovées comme des virus au sein de notre système nerveux social. Elles sont à l’affût derrière les dieux, se planquent dans les plis des drapeaux, se préparent dans le secret des bureaux des grands prédateurs de la planète. Soyons donc parano, camarade, c’est toujours ça de pris à ceux qui imposent le silence, qui fabriquent les engins de mort (et on ne parle pas que des armes, ils savent aussi se servir des mots et des images qui tuent), qui te traitent de paranoïaque chaque fois que tu parles, que tu dénonces, que tu t’associes avec d’autres parce qu’ensemble tu frappes plus fort.

Partout où nos sensibilités, nos corps, nos rêves, nos esprits sont en contact avec leur poison, partout où ça frotte, là où ça nous gêne aux entournures, sur toutes les lignes de fronts, on est des millions. Tant qu’à avoir les yeux ouverts, autant voir ça aussi : comment ça cyber-résiste, comment ça démonte leurs pièges à illusions dans des bouquins ironiques et acérés (on n’est pas obligés de se battre en pleurant), pourquoi le mouvement social doit grandir au-delà des frontières, comment Jean-Luc (Godard) s’en va-t-en guerre, on lit aussi la lutte du sous-commandant… Partout, en même temps, parfois tout à côté de nous, quelques-uns de plus en plus nombreux veillent au grain.

Auto-célébration ? Nostalgie du paradis perdu ? Nenni. Ici, au Passant, personne ne vend les demains glorieux, on voudrait juste avoir des lendemains qui chantent. Ce qui (se) bat, c’est d’abord le cœur.

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